La Confrérie de St Jean : une institution perdue

Publié le par Amis de l'Eglise St Jean

La Confrérie de Saint Jean fut érigée en 1859, et nous a laissé deux manuscrits de ses réglements, l'un de 1867 et l'autre de 1875. "Se définissant comme une institution essentiellement morale et religieuse, elle rend un service incontestable, car ses membres se proposent de se rendre mutuellement et sans frais les honneurs de la sépulture". Les membres devaient résider dans la commune, être de sexe masculin, acquitter un droit d'entrée variant suivant l'âge : 1,50 francs de 1 à 20 ans, 2 francs de 20 à 30 ans, 3 francs de 30 à 45 ans, âge limite pour être reçu. Mais la confrérie enterre aussi les personnes qui n'en font pas partie, moyennant un droit variant suivant quatre catégories (25 francs pour la première, la gratuité pour les pauvres)

Le service des inhumations est fait par huit membres ayant plus de 18 ans, choisis par la commission en réunion générale "pour l'année entière, à tour de rôle et par lettre alphabétique". Le droit de remplacement est accordé, mais seulement pour les cas graves. Les membres ne sont plus que sept pour les troisième et quatrième catégories. Tous sont tenus d'assister aux cérémonies, sous peine d'une amende de 2 francs, et de 50 centimes s'ils arrivent en retard, ou s'ils oublient d'être présents à la réunion générale, à la messe le jour de la fête patronale et à celle qui se dira comme service pour les membres défunts le premier jour libre après le 6 mai. Une dizaine de cas sont ainsi stipulés et les transgressions sont punies par l'exclusion.

Tous les plus beaux ornements de la confrérie sont portés lors de l'inhumation : une grande croix, le bâtonn avec la statuette de Saint Jean peinte, la bannière pourpre (excepté pour les deuxième, troisième et quatrième catégories). Les membres sont munis d'une rose rouge en étoffe lorsqu'ils assistent aux offices et aux réunions prescrites.

C'est le curé qui est le président de droit de la commission, dont le maire est le président honoraire. Les membres du bureau sont renouvelés tous les deux ans, et sont chargés de statuer sur les dépenses et de la levée du tronc chaque mois. Ils se réunissent au moins deux fois par an, le jour de la St Jean et à la Toussaint, à l'issue de la messe. Un pain béni est vendu à la messe par le membre le plus âgé.

La première liste retrouvée dans un registre qu'a conservé M. Percheron comprend quarante membres en 1867. Cette année-là, quatre inhumations ont rapporté 30 francs, la levée du tronc, 20 francs, et les recettes s'élèvent à 64 francs (blanchissage de la nappe d'autel, cordes à descendre le cercueil, tabernacle, bougies...)

Le registre témoigne de tous ces comptes et des membres pendant un siècle.

Après le silence de la Première Guerre Mondiale, l'écriture change. En 1934, les services à l'inhumation sont supprimés et la société ne s'engage plus qu'à offrir une couronne. Par contre, on achète cinquante brioches, et on va prendre des consommations au café. La vente du bâton de St Jean rapporte entre 100 et 160 francs, mais dans l'ensemble, les recettes augmentent peu, et déjà se ressent une certaine lassitude.

Après 1946, l'écriture change à nouveau. La vente du bâton monte à 1800 francs en 1949, 6000 francs en 1951, 9300 francs en 1955, ce qui dégage un surplus important : la pénurie et la guerre sont peu à eu oubliées. Mais dans le registre n'apparaissent plus que des comptes.

Le 4 mai 1969, M. André Percheron, président de la Fraternelle de St Jean (le nom a changé), rend compte qu'à la suite de son entrevue avec le père Rousset, la vente du bâton n'aura plus lieu et que la statue restera dans l'église "afin de protéger tous les paroissiens". La société décide cependant de continuer à se réunir une fois par an après la messe dite de la petite St Jean, et d'adresser un mandat à ses adhérents accomplissant leur service militaire.

Les termes ont changé ; la société s'éteint doucement en 1974, sans bruit, après une dernière consommation au café. Les dernières factures sont encore dans le registre.

[Texte tiré d'un article paru dans la République du Centre du ...]

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gilougarou 01/09/2009 17:44

C'est un peu "space" je trouve ces histoires de confréries. Démodé et le fonctionnement est un peu incompréhensible de nos jours.Mais bon ça a eu le mérite d'exister.

R. 02/09/2009 11:14


Cette confrérie a eu un rôle important à une époque, puisqu'elle enterrait gratuitement ceux qui n'avaient pas les moyens d'avoir une sépulture décente. Mais ce type de fonctionnement est en effet
le témoignage d'une époque aujourd'hui révolue...